2012 - Fez, Meknès, Rabat .... Villes Impériales

Les photos sont bien sûr dans la galerie.

Fez - ville-musée

Basés à Fez au Dar BenSouda en plein coeur de la médina, une maison typique, bien restaurée, autour d'un patio de stuc et zelliges d'origine, des chambres de belles dimensions avec salle de bains en tadelakt, un personnel aux petits soins et une cuisine excellente.

Fez surprend par sa situation géographique, entourée de montagnes, elle s'étend sur 3 entités :

Fes-el-Bali ou Fez la vieille, c'est à dire la médina, construite en 789 par Mouley Idriss, la plus étendue du monde arabe,
Fes-el-Jdid ou Fez la nouvelle, construite les Mérinides en 1276,
La Ville Nouvelle construite sous le Protectorat français, par Lyautey son résident général.

Cette situation centrale permet d'explorer la médina dans toutes les directions. La médina est curieusement installée sur une pente qui dévale de la porte Bab Boujloud vers la mosquée Quaraouiyine par des ruelles étroites tournicotantes, escaliers où se croisent piétons, mulets et portefaix qui acheminent toutes sortes de marchandises dans cet immense labyrinthe, ânonnement des enfants des écoles coraniques. On y rencontre finalement assez peu de touristes, à part les 2 Talaa et ses vendeurs d'artisanat qui font office d'autoroutes pour traverser la médina. Mais il faut sortir de cet axe et s'aventurer dans les fondouks qui la bordent, discuter avec les artisans, la plupart sont très coopératifs et contents d'expliquer leur travail à ces ignares de Français. Pas de problème pour les photographier à condition de leur demander la permission; quelques-uns refusent cependant. Ignorer les multiples gamins qui veulent savoir où vous allez afin de vous guider et réclamer une rétribution, mais ils sont moins nombreux et plus supportables qu'à Marrakech où ils vous dégoûteraient de la visite.

Les maisons étant tassées les unes sur les autres, il n'est pas possible d'avoir une vue d'ensemble de l'extérieur des monuments, ni de visiter une mosquée, interdite aux non-musulmans. Rien à regretter puisqu'elles ne présentent que peu d'intérêt. Par contre, les medersas (Attarine, Bouinania) sont bien restaurées et magnifiques.

Le musée Dar Batha est un peu décevant, lui préférer le musée Jamaï de Meknès qui présente de très belles pièces sur les mêmes thèmes.

Bien sûr, il ne faut pas rater la visite des tanneries Chouarra, plus colorées que celles de Sidi Moussa. Ne pas suivre les indications vers une supposée entrée principale où vous dirigent de nombreux guides intéressés; préférer monter au n°10 du Derb Chouarra où une volée d'escaliers vous mène sur les terrasses d'un magasin de maroquinerie avec la meilleure vue sur les cuves colorées; vous n'êtes pas obligés d'acheter.

Les tanneries sont les seules industries polluantes encore actives au centre de la médina, les ateliers de poterie sont réinstallés à l'Est hors les murs. Il faut prendre un petit taxi pour y aller, le faire attendre pour le retour, la marche à pied est déconseillée dans le secteur, à cause de la présence d' »apaches ». On y voit les ouvrières dessiner les motifs à main levée sur les pots de toutes tailles et l'on découvre que le bleu cobalt de Fez est obtenu par une peinture d'un beau rose pâle ! La taille des zelliges à l'aide d'un marteau tranchant assez imposant (le mankach) est impressionnante de précision. Ils sont assemblés sur un patron simplifié pour décorer de superbes fontaines.

De nombreuses maisons sont étayées pour éviter qu'elles ne s'écroulent. Le classement au Patrimoine de l'Unesco a permis la réfection du réseau d'eau (adduction et assainissement) et du pavement des principales ruelles. Mais les échoppes des artisans sont les mêmes qu'au Moyen-Age, particulièrement remarquables, les hommes qui brodent toute la journée avec une dextérité incroyable, installés dans un petit atelier cubique qui a du mal à contenir son propriétaire et ses bouts de tissus.

Le Mellah, l'ancien quartier juif mérite une visite comme un souvenir de cohabitation séculaire réussie entre les communautés. Il est remarquable par son architecture totalement à l'opposé des quartiers musulmans. Alors que les maisons musulmanes entièrement tournées vers le patio intérieur n'ont pas de fenêtres vers l'extérieur, ici ce sont les fenêtres et les balcons qui font la particularité de ces maisons, mais en voie de disparition par manque d'entretien. De plus le quartier n'est pas trop recommandé (trafics illicites).

Et pour avoir une vue d'ensemble de la médina, la terrasse du Dar BenSouda, celle du Palais Jamaï ou le point de vue sur la route qui mène aux ruines des Mérinides, près de l'hôtel du même nom, offrent tous des vues remarquables sur les terrasses, le toit pyramidal de tuiles vertes du mausolée de Moulay Idriss, et les sentinelles que sont le Borj Nord et le Borj Sud.

Aujourd'hui, il tombe des trombes d'eau qui dévalent de la bâche au dessus du patio dans le bassin de la fontaine en son centre dans un bruit de cascade. Il faisait très sec jusqu'à maintenant et la pluie était attendue par les Marocains qui craignaient une catastrophe agricole. Pas un problème pour nous, touristes, c'est Vendredi et tous les commerces de la médina sont fermés, ses habitants à la maison ou à la mosquée.
Ce sera donc un jour de repos, lecture dans le patio avec pull-over, « Le Maroc est un pays froid où le soleil est chaud » dit-on, CQFD.

Meknès - capitale chérifienne

Le lendemain, départ en grand taxi vers Meknès à 60km. Nous commençons la visite de Volubilis sous la pluie des restes de l'orage de la veille. La plaine est bien verte et les maisons blanches de Moulay Idriss dessinent les 2 bosses d'un chameau, sur les flancs de la montagne. Le site ne présente que peu de monuments encore debout, l'arc de Caracalla, un mur de la Basilique et quelques colonnes du Capitole; au bout du cardo maximus se profile l'arc de la porte de Tanger. Heureusement, dans les pièces des maisons réduites à leurs soubassements, il y a de nombreuses mosaïques dont la pluie ravive les couleurs, et les dauphins nagent dans l'eau, pour de vrai. Néanmoins, pas de fléchage des points d'intérêt et aucun panneau explicatif !!

Beau point de vue sur la ville de Moulay Idriss depuis la route qui rejoint Meknès où nous arrivons vers midi.
De la porte Bab-Mansour, nous traversons la place El-Hédime pour la visite du musée Dar Jamaï. Excellent petit musée présentant de belles pièces de l'art et des costumes traditionnels marocains.
Ensuite , visite du mausolée de Moulay Ismaïl : on traverse plusieurs cours sobres avant d'arriver dans une grande cour avec une fontaine pour les ablutions qui donne sur l'antichambre richement décorée d'où l'on aperçoit les stèles de marbre blanc encadrées des célèbres horloges comtoises, cadeau de Louis XIV.

Reprenons le taxi qui emprunte la rue Serrag, véritable tranchée entre 2 hauts murs et nous arrivons au complexe de Dar el-Ma (ou la maison de l'eau) et de Heri es-Souani : dans la maison de l'eau, nous pénétrons dans un bâtiment voûté faiblement éclairé imposant par sa hauteur sous plafond, la fraîcheur provient des citernes souterraines qui alimentent les bassins et fontaines de la ville. En ressortant de l'autre coté, la lumière aveuglante éclaire une enfilade de travées délimitées par une forêt de piliers qui serait selon les uns ou les autres, les écuries de Moulay Ismaïl ou bien des greniers à blé?
Nous terminons la visite de Meknès en faisant le tour du bassin de l'Agdal adjacent.

Rabat - capitale du royaume

Le temps orageux se maintient depuis quelques jours et nous prenons le train en direction de la capitale Rabat à 200km. En première classe, très confortable, horaire respecté, le trajet ne dure qu'un peu plus de 2 heures. Le long de la voie défilent les champs d'oliviers, orangers, vignes des Celliers de Meknès et de blé qui, eux, commençaient à dépérir. Dans les champs accrochés à des collines pentues, les paysans profitent des dernières pluies pour quelques travaux, manuels ou au mieux avec des charrues tirées par des mulets, mais pas de tracteur. Près de la côte, les nuages chassés par un vent fort du large laissent la place au ciel bleu.

De la gare, moderne comme celle de Fez, nous nous dirigeons par la rue Mohammed V agréable avec ses palmiers, ses arcades ombragées abritant les terrasses de café, les maisons coloniales dont la Poste, l'hôtel Balima, le Parlement devant lequel les anciens combattants manifestent, vers notre hébergement d'un soir, à l'entrée Bab Chella de la médina pour y déposer nos affaires et commencer la visite.
Le Musée archéologique est tout petit mais présente des oeuvres magnifiques, des marbres romains mais surtout de magnifiques bronzes dont le chien de Volubilis, l'éphèbe à la couronne de lierre dans une attitude polyclétéenne (ça vous en bouche un coin, hein?!), qui complètent heureusement notre visite de Volubilis.

Un peu au delà de la grande mosquée, en passant devant le Palais Royal qui apparaît au bout d'une longue avenue, nous atteignons Bab Er-Rouah, la porte des vents (en effet ça souffle!), avec des coquilles St-Jacques et une belle inscription en écriture coufique.

Au retour, nous longeons le boulevard Hassan II bordé par la muraille des Andalous, qu'emprunte également le tramway (Alsthom, on n'est pas dépaysé, on se croirait à Plan Cabanes), puis après l'hôtel Golden Tulip les berges du Bouregreg aménagées en promenade nous apercevons la tour Hassan et au delà le mausolée de Mohammed V. Tout est en marbre, stuc et zelliges, fer dorés, tuiles vertes vernissées, du haut de gamme. A l'intérieur, gardes en habit aux 4 coins de la salle où reposent les sarcophages d'onyx du grand roi, ses fils Hassan II et son frère.
Entre le mausolée et la tour Hassan les piles de ce qui devait être la plus grande mosquée du XI°s.
Retour à l'hôtel par les petites ruelles de la médina et du mellah aux maisons toutes décorées d'un bleu éclatant, reflet de l'Océan tout proche.

Le lendemain, matinée à la nécropole de Chellah entourée de murailles crénelées, à l'origine une garnison romaine (Sala), maintenant un site agréable avec une végétation tropicale qui pousse au milieu des ruines d'une mosquée et de quelques restes de l'époque romaine. Les cigognes ont installé leur nid au sommet du minaret et sur les tombes de quelques vénérables marabouts.

L'après-midi, la rue des Consuls aboutit à la kasbah des Oudaïas où nous déambulons dans des ruelles calmes, entrée par la Grande Porte, la rue Jamaa conduit à une grande plateforme d'où l'on a une vue exceptionnelle sur tout le littoral et les murailles de Salé de l'autre coté du Bouregreg. Nous redescendons par la rue Bozzo jusqu'au Café Maure avant de terminer par une pause sous les arbres du Jardin Andalou, si évocateur du sud espagnol.

Rabat semble plus cool que les autres villes impériales, terrasses de café bondées, vendeurs pas agressifs, plus de jeunes filles habillées à l'occidentale que du hijab ailleurs, peut-être son statut de capitale à moins que ce ne soit l'air du large.

Retour à Fez, puis envol vers Montpellier avec un Airbus d'Air Arabia. Un voyage sans histoire; une dizaine de jours en totale immersion dans un univers totalement décalé, pittoresque mais confirmant l'état pitoyable d'une grande partie de la population, vie précaire, sans Sécurité Sociale et malgré les ouvertures du nouveau roi, vie sous surveillance, un contraste violent avec les luxueuses propriétés de la route d'Imouzzer menant à l'aéroport. Les élections législatives anticipées du 25 Novembre 2012 verront, selon toutes les indications sur place, une victoire du PJD (Parti de la Justice et du Développement) islamiste,... il n'est pas facile d'échapper à son destin.

Quelques prix locaux :
1€ = 11 DH
Petit taxi : Médina-Gare : 8 à 10 DH
Train 1° classe : Fez-Rabat AR : 120 DH
Thé à la menthe : 10 DH
Entrée musée : 10 DH
Babouches : 10 à 20 DH

Dans ma bibliothèque

Maroc, Guide du Routard, Hachette 2002
Un grand Week-end à Fès, Meknès, Hachette 2011
Pascal Mallen-Barret, Le Maroc de A à Z, André Versaille Editeur 2010
Ouadia Bennis, Fès Ville millénaire, Librairie Nationale 2007
Narjis Rerhaye et Habib El Malki, La Parenthèse Désenchantée, Éditions La croisée des chemins 2011
Ali Amar, Mahammed VI, Le Grand Malentendu, Calmann-Lévy 2011